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Le blog du cinema d' Olivier H

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Blog spécialisé sur les Festivals Internationaux de Films Fantastiques comme Fantastic'Arts, FantasPorto, BIFFF, AIFFF, Mauvais Genre, Cannes, NIFFF, Fantasia, PiFan, Deauville, L'Etrange Festival, FEFFS, La Samain, Trieste, Razor Reel, Les Utopiales, PIFFF ...


Rencontre avec Karim OUELHAJ, réalisateur entre autres de MEGALOMANIAC prix du Cheval noir à Fantasia 2022

Publié par lecinemadolivierh sur 1 Octobre 2022, 10:00am

Catégories : #Interview, #Karim Ouelhaj, #Florence Saâdi, #Okayss Production, #Megalomaniac, #Fantasia, #Media Move, #Feffs, #BIFFF 2017, #Sitges, #Molins de rei, #Belgique, #Le dépeceur de Mons, #Tueur en série, #XYZ Films

Rencontre avec Karim OUELHAJ, réalisateur entre autres de MEGALOMANIAC prix du Cheval noir à Fantasia 2022

Salut Karim, comment vas-tu ?

Je vais très bien.

 

En 2016, tu avais remporté le prix Méliès d'Or pour ton court-métrage L’œil Silencieux. Depuis tu as réalisé un autre court-métrage Tundra ainsi que ton quatrième long-métrage Megalomaniac, qui vient de remporter le prestigieux prix du Cheval Noir du meilleur long-métrage fantastique au Festival de Montréal, Fantasia. Comment ces deux projets se sont mis en place ?

J’ai tourné Tundra en 2012. Il m’a fallu cinq ans pour le terminer. A la base cela devait être un long-métrage. Cela m’a pris énormément de temps. J’ai enchainé les projets, Une réalité par seconde (ndlr : Troisième long-métrage du réalisateur), L’œil Silencieux, puis Tundra. Et puis, quand j’ai terminé Tundra, j’ai enchainé sur Megalomaniac. Cela a pris plus de temps que prévu pour le terminer. C’était un peu un chemin de croix. J’ai l’impression de fermer une page de l’histoire avec mon prochain long-métrage, de passer à autre chose, à un autre cinéma.

Lors de notre dernière rencontre, tu m’avais parlé de la société de production Okayss, que tu as montée pour être indépendant. A ce moment, tu envisageais de ne pas continuer dans cette voie et de prendre une nouvelle direction. Est-ce le cas aujourd’hui ?

Okayss est une société de production où il a fallu trouver les bonnes personnes pour monter des projets. J’ai trouvé une productrice, ma collègue Florence Saâdi, qui m’a permis de produire des films en Belgique. Nous produisons et coproduisons aussi des films d’autres réalisateurs (Deux courts-métrages ont été produit cet été). L’expérience me plaît bien. On va enchainer avec la co-production. On reçoit beaucoup de demandes grâce à l’effet Megalomaniac. C’est une direction que je voulais suivre mais avec une personne de confiance. Okayss est en train de devenir une société ambitieuse et pas seulement une société en autarcie. On veut produire des petits films, bien budgétisés, bien financés, des œuvres particulières et fortes qui sont un peu l’adn d’Okayss. C’est peut-être pour cela que mes films sont aussi appréciés que détestés, car il y a un vrai produit. On fait la différence. On ne veut pas faire une copie d’un autre film.

 

Megalomaniac est inspiré d’un fait divers assez glauque, celui du dépeceur de Mons en Belgique, qui n’a toujours pas été identifié à ce jour depuis des faits réalisés en 1997. Au lieu de faire un film sur ce monstre, tu as eu la bonne idée de réaliser une fiction autour de son éventuelle descendance. Comment-est venue cette idée  originale ? Et avais-tu des références en tête ?

Je suis fan de films de genre, de tous les genres d’ailleurs. Je ne voulais pas faire un énième film de tueur en série et il me fallait trouver un angle d’attaque. C’est là que j’ai commencé à fantasmer sur cette histoire, à supposer des choses un peu comme dans Memories of Murder de Bong Joon-ho. Par contre, dans la pure fiction, dans le pur fantasme, inspiré d’un personnage qui est et qui reste mystérieux. Cela me permettait aussi de raconter cette histoire non pas de manière frontale par rapport aux victimes ou par rapport aux familles des victimes. C’est pour ça aussi que j’ai voulu prendre cette option.

Tu parles de Memories of Murder, avais-tu des références en tête pour Megalomaniac ?

Absolument pas. Je n’avais aucune idée.

 

Des références de peintures peut-être ?

C’est parti de là. J’ai fait huit années d’études dans l’histoire de l’art et de la photographie. Les peintures de Francis Bacon, Le Cauchemar de Füssli, toutes ces peintures du romantisme et du baroque inspirent ma mise en scène. Je n’avais pas envie de faire un Seven, ou un Maniac de William Lustig. Le défaut d’avoir trop de références tue l’initiative. Je me suis plutôt rabattu sur la peinture, sur les arts graphiques, sur la photographie, comme par exemple Le Clair-Obscur de Man Ray. Il y a tellement de richesses et tellement d’images figées. Cela ravive l’imagination. J’avais oublié à quel point on pouvait se plonger dans une peinture et imaginer des choses, des mouvements, des histoires, de la couleur, de la lumière.

Je n’ai pas encore vu Megalomaniac, mais quand on regarde le trailer, on sent que le film raconte une histoire de descendance. Une transmission du mal par les gênes de génération à génération. Penses-tu que l’être humain ne fait que reproduire ses fautes en oubliant ?

Oui il y a de cela. Cela va peut-être choquer ce que je vais dire, mais il y a certaines personnes qui naissent mauvaises. C’est vrai, c’est une réalité. Tout le monde ne le devient pas, on ne nait pas avec le Mal, mais il y a certains enfants ... C’est choquant ce que je dis mais cela fait partie d’une certaine réalité que l’on ne veut pas voir. Après, cela représente quoi, un demi pourcent de l’humanité ? Mais le Mal est bien là, il gonfle et nourrit ce cercle vicieux parce que l’on le nie. Particulièrement dans notre société où on laisse le problème sous le tapis et où l’on ne s’en rend pas compte. Etrange pour une société de délassions.

 

Sans spoiler l’histoire du film, est-ce que pour toi, les deux protagonistes du film sont nés avec le mal ?

Non pas nécessairement. Les personnages sont intéressants quand ils ne sont pas trop manichéens parce que cela amène à de la contradiction. Une personne peut faire du mal toute sa vie et il suffit qu’il fasse un acte de bravoure pour effacer un peu tout le mal qu’il a fait. C’est aussi vrai dans l’autre sens. Tu peux élever tes enfants avec le plus grand amour pendant vingt-ans, ne jamais avoir trompé ta femme et puis un jour tu butes quelqu’un. Le mal c’est un peu comme un putain de cancer. Dès fois, tu l’attrapes, tu ne sais pas pourquoi, et d’autres fois tu sais pourquoi. C’est beaucoup plus vicieux que cela le mal. Le mal n’est pas aussi cartésien et manichéen. Le mal, on ne le voit pas arriver.

J’ai vu tous tes films excepté Megalomaniac, et dans les trois derniers L’œil Silencieux, Tundra et Megalomaniac, les personnages principaux sont atteints de folie. Est-ce un thème qui te passionne et est-ce que le fait de rendre fou son personnage principal engendre un scénario plus riche dans le sens où la folie peut être utilisée comme un élément ressort pour aller plus loin dans l’histoire en dépassant certaines limites ?

Ce n’est pas aussi binaire que cela la folie. C’est un sujet qui m’a toujours intéressé. Tous mes scénarios ont traité de la folie et le suivant également. Ce qui est intéressant, c’est qui te définit comme fou. Toi, la société ou bien ton voisin ? Comment on se définit fou ? Quand on ne dépasse pas la ligne rouge, c’est-à-dire le meurtre, le viol et toutes ces saletés qu’il y a sur le monde. Je me pose toujours la question, qui est fou et qui ne l’est pas ? A partir de là, chacun se fait sa propre réflexion par rapport à la société dans laquelle il vit. Je pense que l’on est de plus en plus dans une société aliénée pour des tas de choses et cela amène le côté aliénant. Si je m’intéresse de plus en plus dans mes films à la folie, c’est parce que je crois que quelque part au fond de nous-même, on est tous en train d’y devenir à des degrés différents.

 

Tes films sont assez frontaux et brutaux. Ils nous montrent ce que la société ne veut pas voir , ce qui est mis sous le tapis. Tu n’y vas pas avec le dos de la petite cuillère, je pense au final de ton premier film Parabola qui est assez dur et choquant, ce qui fait que le film est puissant et interpelle. Il y a un certain mal être qui se dégage. Penses-tu qu’il est nécessaire de choquer le spectateur en lui montrant ce qu’il ne veut pas voir ?

Voit-on réellement des images choquantes dans Parabola ? On voit absolument rien, tout est suggéré. C’est plus de la violence psychologique. Par contre dans Megalomaniac, il y en a, mais c’est plus au niveau formel. Sinon, on ne voit pas la violence dans mes films. On l’a reçoit, on l’a prend comme un coup de marteau dans la tête ou un coup de poing dans l’estomac. On est plus dans la sensation cinématographique et c’est plutôt cela que je recherche. Peu importe le genre ou le sujet, que ce soit un thriller, un film d’horreur, une comédie ou un drame sociétal, j’ai envie de ressentir des émotions comme celles que  j’ai pu ressentir à travers des films d’Alan Parker, d’Oliver Stone, de Tony Scott, de Walter Hill ou plus récemment des débuts de Paul Thomas Anderson. La première époque d’Abel Ferrara, ou de Scorcese. Ce sont plus des cinéastes viscérales et c’est là où je les rejoins. Quand je vais au cinéma je veux ressentir des choses émotionnellement fortes. C’est pour cela que l’on va au cinéma. J’ai toujours milité pour ce cinéma fort et je pense que je continuerai toujours dans cette direction. Je suis très content du ressenti des spectateurs au sujet de Megalomaniac. Le cinéma est un lieu où on doit ressentir les choses, avoir peur, avoir de la compassion, de l’empathie. Pour revenir à la question sur la violence frontale, je dirais que c’est plus de l’émotion humaine, ce que l’on est censé ressentir dans une société où il y a beaucoup d’interdits.

Ton cinéma est féministe de par ses personnages principaux. Il montre des femmes laissées à la marge de la société. C’est quelque chose qui te touche ?

C’est quelque chose qui m’a toujours interpellé. Quand j’ai fait Parabola, Un Repas du Singe, Une Réalité par seconde, pour la plupart des producteurs, des réalisateurs, il était rare de donner, particulièrement en Belgique, des rôles principaux et secondaires féminins. Je voulais aller dans cette direction parce que j’ai été élevé que par des femmes, ma mère, ma grand-mère, mes tantes. J’étais entouré que de femmes. Donc forcément je parle de ce que je connais.

 

Megalomaniac fait un très bon parcours dans les festivals, à commencer par son prix du Cheval Noir du meilleur film fantastique à Fantasia, ses sélections au Bifff, au Feffs, à Sitges puis à Molins de Rei. C’est énorme.

Il va y en avoir d’autres encore, pas mal aussi.

 

Est-il prévu que Megalomaniac soit distribué en Belgique et en France ?

Pour la Belgique, on cherche. Mais la Belgique et moi, c’est compliqué. Pour la France, il faut trouver des distributeurs courageux. On est en négociation. En même temps, je garde espoir dans le sens où un film comme The Sadness a été distribué. J’espère que cela va se faire, c’est très important pour moi que Megalomaniac sorte en France.

 

Pour terminer, peux-tu nous parler de tes futurs projets ?

Ce sera un long-métrage, Le pont des fiévreux, qui est un peu un dérivé de Tundra. Je l’ai tourné et je vais commencer la post-production prochainement.

 

Ce serait dans la lignée de l’échelle de Jacob. Est-ce vrai ?

Au soleil, mais oui. Pour Megalomaniac, j’avais filmé dans les ténèbres. Pour Le pont des fiévreux, j’ai filmé l’enfer en plein soleil. C’est totalement différent de ce que j’ai fait auparavant, mais pas trop non plus. Si tu veux te rattacher à quelque chose, c’est plus dans la lignée de Tundra. On a aussi pleins d’autres projets. Du travail, il y en a, gagner de l’argent, c’est autre chose. J’ai bon espoir avec l’effet de Megalomaniac.

 

Merci Karim.

Mad Oliver

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